Quand l'endométriose réveille la peur d'être abandonnée avec un enfant

Quand l'endométriose réveille la peur d'être abandonnée avec un enfant

Quand cette cliente vient me voir, elle est en parcours PMA.

Elle a déjà vécu plusieurs inséminations qui n’ont pas fonctionné, et une FIV est prévue plus tôt que prévu. Elle ressent alors une forme d’urgence intérieure : elle veut comprendre ce qui bloque avant cette prochaine étape.

Son symptôme principal, c’est l’endométriose.

Mais derrière ce symptôme, il y a aussi une histoire.

Des douleurs importantes au niveau du bas-ventre.
Des règles absentes ou très irrégulières.
Des douleurs pendant les rapports.
Une sensation de nœud dans le ventre.
Et cette phrase qui revient souvent chez les femmes en désir d’enfant :

“Je ne suis même pas capable de faire un enfant.”

À première vue, on pourrait croire que le sujet est uniquement médical.

Mais en séance, ce qui apparaît, c’est que son corps ne parle pas seulement d’endométriose.

Il parle aussi de sécurité.
D’engagement.
D’abandon.
Et de la peur profonde de porter tout toute seule.

Le problème visible : une femme en parcours PMA avec un corps douloureux

Elle désire devenir mère depuis plusieurs années.

Elle a toujours senti ce désir très fort en elle. Mais depuis l’arrêt de la pilule, son corps semble ne plus fonctionner comme avant.

Les règles ne viennent pas naturellement.
Les douleurs apparaissent.
Le diagnostic d’endométriose arrive.
Puis le parcours PMA commence.

Et comme souvent dans ce type de parcours, elle cherche à comprendre.

Pourquoi son corps bloque ?
Pourquoi bébé ne vient pas ?
Pourquoi cette douleur dans le bas-ventre ?
Pourquoi cette impression qu’il y a “encore quelque chose” qui empêche l’arrivée d’un enfant ?

Quand elle arrive en séance, elle a déjà exploré plusieurs pistes, notamment autour de sa lignée avec les constellations familiales.

Mais elle sent que quelque chose n’est pas encore complètement mis en lumière.

Ce que la séance a révélé : la maternité associée à l’abandon

Très vite, nous avons exploré son histoire familiale.

Et un élément central est apparu : pendant la grossesse de sa mère, son père s’est désengagé.

Il avait voulu un garçon & a très mal vécu le fait d’attendre une fille (à tel point qu'il est parti puis est revenu).
Il a trompé sa mère pendant la grossesse.
Il n’a pas été un pilier sécurisant.

Autrement dit, dès le début de son histoire, la grossesse n’est pas associée à la joie, à la protection ou à l’union du couple.

Elle est associée à un homme qui part.
À une mère seule.
À une femme qui encaisse.
À une petite fille qui arrive dans un climat d’insécurité.

Et cette empreinte peut laisser une trace profonde dans le corps.

Parce que si, dans l’histoire du système, porter un enfant signifie risquer d’être abandonnée, trompée, humiliée ou laissée seule, alors le corps peut enregistrer la maternité comme un danger.

Même si, consciemment, cette femme veut un bébé de tout son cœur.

Le symptôme : un corps qui protège l’espace du ventre

Ce qui m’a particulièrement marquée dans cette séance, c’est la localisation de la douleur.

Le bas-ventre.
Les ovaires.
L’espace utérin.
La zone du féminin, de la sexualité, de la fécondité, de l’accueil.

Son corps semblait dire : “Je veux, mais je ne me sens pas totalement en sécurité.”

En séance, nous avons mis en lumière une peur très précise : la peur de se retrouver seule avec un enfant.

Pas forcément parce que son conjoint actuel allait l’abandonner - mais parce que lorsqu'elle l'a connu, il était en relation avec plusieurs femmes en même temps.

Donc pour le cerveau de ma cliente, il avait enregistré qu'avec cet homme là il y avait un risque de revivre l'histoire familiale.

Risque que sa propre histoire se répète :

Lorsque sa mère était enceinte, son père s'est désengagé.
Sa mère a subit.

Dans son enfance, cette cliente avait aussi pris une place qui n’était pas la sienne. Elle avait été celle qui protégeait. Celle qui s’occupait. Celle qui soutenait sa mère. Celle qui portait beaucoup trop pour son âge.

Alors, devenir mère pouvait inconsciemment réveiller cette question :

“Et si je devais encore tout porter seule ?”

Comment je l’ai aidée

En séance, mon rôle n’a pas été de lui dire : “Ton endométriose vient de ça.”

Ce serait trop simpliste.

Mon travail a été de l’aider à écouter ce que son corps pouvait exprimer derrière le symptôme.

Nous avons suivi le fil de son histoire.

Le lien entre grossesse et désengagement masculin.
Le lien entre maternité et insécurité.
Le lien entre enfant et responsabilité écrasante.
Le lien entre couple et peur de l’abandon.
Le lien entre corps féminin et manque de sécurité.

Et surtout, nous avons commencé à différencier son histoire de celle de sa mère.

Parce qu’une des grandes clés était là : elle n’était pas sa mère.

Son couple n’était pas celui de ses parents.

Son conjoint n’était pas son père.

Et pourtant, son corps semblait encore réagir comme si le même scénario pouvait se répéter.

C’est souvent cela, un blocage inconscient.

Ce n’est pas une pensée logique.

C’est une mémoire intérieure qui dit :

“Attention, on connaît cette situation. On sait comment ça peut finir.”

Le déclic de la séance

Le déclic, c’est quand elle a compris que sa peur n’était pas seulement :

“Est-ce que je vais réussir à tomber enceinte ?”

Mais plutôt :

“Est-ce que je vais être en sécurité si je deviens mère ?”

Et cette nuance change tout.

Parce qu’à partir de là, le travail ne consiste plus seulement à chercher comment “faire venir un bébé”.

Il consiste à créer, dans le corps, dans le couple, dans l’inconscient, un espace où la maternité ne rime plus avec abandon, solitude ou danger.

Un espace où elle peut sentir :

“Je ne vais pas revivre l’histoire de ma mère.”

“Je ne vais pas porter seule.”

“Je peux devenir mère sans être sacrifiée.”

“Je peux créer une famille différente de celle dont je viens.”

Avec quoi elle repart

Elle repart avec une compréhension beaucoup plus profonde de ce qui se joue derrière son parcours.

Elle comprend que son corps n’est pas seulement “défaillant”.

Il est peut-être en protection.

Il ne bloque pas contre elle.
Il tente peut-être d’éviter une douleur connue.
Il cherche à s’assurer que, cette fois, la maternité pourra se vivre autrement.

Elle repart aussi avec une piste concrète : sécuriser son engagement, son couple, son avenir matériel et émotionnel.

Non pas parce que son conjoint est un danger.

Mais parce qu’une partie d’elle a besoin d’être rassurée profondément avant d’ouvrir l’espace de la maternité.

Et c’est là que le travail peut continuer.

Non pas en forçant le corps.

Mais en l’aidant à comprendre que l’histoire peut changer.

Que l’enfant à venir n’a pas à naître dans la même insécurité.
Que la femme qu’elle est aujourd’hui n’est plus la petite fille qui devait tout porter.
Que son ventre peut devenir un lieu d’accueil, et non plus seulement un lieu de protection.

Ce que cette histoire nous apprend

Parfois, derrière l’infertilité, il n’y a pas seulement une difficulté médicale.

Il peut y avoir une histoire qui se rejoue.

Une mémoire de femme abandonnée.
Une peur d’être seule.
Une insécurité dans le couple.
Une confusion entre devenir mère et devoir tout porter.

Et tant que cette histoire n’est pas entendue, le corps peut continuer à protéger.

C’est pour ça que, dans mon travail, je ne regarde jamais uniquement le symptôme.

Je regarde ce qu’il raconte.

Parce que parfois, le corps ne demande pas à être forcé.

Il demande à être rassuré.

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Envoyée chaque dimanche soir, j'y partage mon parcours, celui des femmes que j'accompagne et des réflexions que j'ai autour de la grossesse, de la maternité et de la Femme en général.