Est-ce que c’est dans ma tête ?
C’est une question que beaucoup de femmes n’osent pas poser à voix haute.
Mais elle est là.
Dans un coin de la tête.
Surtout quand les examens ne montrent rien de clair.
Quand les médecins disent que “tout va bien”.
Quand les cycles passent.
Quand bébé ne vient pas.
Quand tout le monde finit par dire :
“Tu y penses trop.”
“Tu devrais lâcher prise.”
“C’est sûrement psychologique.”
“Arrête de te mettre la pression.”
Alors, forcément, à un moment, tu te demandes :
"Est ce que c'est dans ma tête ?"
Et cette question peut faire très mal.
Parce qu’elle donne l’impression que tu serais responsable.
Que tu bloquerais ton bébé.
Que tu ferais mal quelque chose.
Que si tu n’arrives pas à tomber enceinte, ce serait parce que tu n’es pas assez détendue, pas assez positive, pas assez confiante.
Mais non.
Ce n’est pas ça.
Ce n’est pas “dans ta tête”
Ton infertilité n’est pas imaginaire.
Ta douleur est réelle.
Ton attente est réelle.
Ton corps est réel.
Ton parcours est réel.
Et si tu es en PMA, si tu as des examens, des traitements, des diagnostics, des fausses couches, de l’endométriose, un SOPK, des cycles irréguliers ou une infertilité inexpliquée, ce que tu vis ne peut pas être réduit à une phrase comme : “C’est dans ta tête.”
Parce que cette phrase est violente.
Elle efface ton vécu.
Elle minimise ton corps.
Elle te met une responsabilité immense sur les épaules.
Et ce n’est pas juste.
Mais ton corps peut porter ton histoire
Ce que je crois profondément, ce n’est pas que l’infertilité est “dans la tête”.
C’est que ton corps, ton inconscient et ton histoire sont liés.
Ton corps ne vit pas séparé de ce que tu as traversé.
Il garde parfois la trace :
d’une peur ancienne ;
d’une blessure d’enfance ;
d’une fausse couche ;
d’une IVG ;
d’un deuil ;
d’une histoire familiale difficile ;
d’une mère qui a souffert ;
d’une lignée de femmes qui ont beaucoup porté ;
d’une maternité associée au sacrifice, à la solitude ou à la perte de soi.
Tout cela ne se voit pas forcément dans un examen.
Ça ne se mesure pas toujours sur une échographie.
Et pourtant, ça peut vivre dans ton corps.
Pas parce que tu l’inventes.
Mais parce que ton corps se souvient parfois de choses que ta tête a mis de côté pour continuer à avancer.
Ton inconscient ne cherche pas à te punir
Quand on parle de blocages inconscients, beaucoup de femmes ont peur.
Elles se disent :
“Donc c’est ma faute ?”
“Donc c’est moi qui bloque ?”
“Donc si je n’ai pas de bébé, c’est parce que je ne suis pas assez guérie ?”
Non.
Un blocage inconscient, ce n’est pas une faute.
C’est souvent une protection.
Une partie de toi peut désirer profondément ce bébé.
Et une autre partie peut avoir peur de ce que devenir mère représente.
Peur de perdre ta liberté.
Peur de ne pas être à la hauteur.
Peur de reproduire ton histoire familiale.
Peur de devenir comme ta mère.
Peur d’être seule.
Peur de disparaître dans le rôle de mère.
Peur que ton couple change.
Peur de revivre une perte.
Ce n’est pas contradictoire.
Tu peux vouloir un enfant de tout ton cœur, et avoir en même temps une partie de toi qui ne se sent pas encore totalement en sécurité.
Et parfois, le corps écoute davantage cette partie-là que ton désir conscient.
Alors, c’est quoi le vrai sujet ?
Le vrai sujet, ce n’est pas de savoir si c’est “dans ta tête”.
Le vrai sujet, c’est de te demander :
Qu’est-ce que mon corps essaie de me dire ?
Qu’est-ce qu’il protège ?
Qu’est-ce qu’il retient ?
Qu’est-ce que devenir mère vient réveiller dans mon histoire ?
Qu’est-ce qui, en moi, associe peut-être la maternité à un danger, une perte ou une insécurité ?
Parce que parfois, ton corps ne bloque pas contre toi.
Il bloque pour toi.
Il essaie peut-être d’éviter une douleur connue.
Il essaie peut-être de ne pas reproduire une histoire.
Il essaie peut-être de s’assurer que tu seras en sécurité avant d’ouvrir cet espace.
Et quand on commence à regarder les choses comme ça, tout change.
Tu n’es plus en guerre contre ton corps.
Tu commences à l’écouter.
Tu n’as pas besoin qu’on te dise de lâcher prise
Tu n’as pas besoin qu’on te dise encore une fois : “Arrête d’y penser.”
Parce que si c’était aussi simple, tu l’aurais déjà fait.
Tu n’as pas besoin qu’on te dise que tout est psychologique.
Tu as besoin qu’on t’aide à comprendre ce qui se joue plus profondément.
Avec douceur.
Avec respect.
Sans culpabilité.
Sans te réduire à ton mental.
Dans mon travail, je n’accompagne pas les femmes en leur disant que tout est dans leur tête.
Je les accompagne à écouter ce que leur corps raconte.
À mettre de la lumière sur les blocages inconscients.
À comprendre les mémoires familiales qui peuvent peser sur leur désir d’enfant.
À libérer les peurs qui maintiennent parfois le corps en protection.
À retrouver une relation plus douce, plus sécurisante, plus vivante avec leur corps.
Parce que parfois, ce n’est pas ton corps qu’il faut forcer.
C’est ton histoire qu’il faut écouter.
Ce que j’aimerais que tu retiennes
Non, ce n’est pas “dans ta tête”.
Tu n’inventes pas ce que tu vis.
Tu n’es pas responsable de ton infertilité.
Mais ton corps peut porter une histoire que personne n’a encore vraiment entendue.
Et tant que cette histoire reste dans l’ombre, ton corps peut continuer à protéger.
Alors peut-être que la question n’est pas :
“Est-ce que c’est dans ma tête ?”
Mais plutôt :
“Qu’est-ce que mon corps sait, que ma tête ne sait pas encore ?”
Extrait de l'épisode 3 du Podcast avec Elodie :
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Envoyée chaque dimanche soir, j'y partage mon parcours, celui des femmes que j'accompagne et des réflexions que je mène autour de la grossesse, de la maternité et de la Femme en général.